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En 2020, métamorphose annoncée du live !

Le PRODISS a présenté ses voeux pour l'année 2020, une année à forts enjeux pour le secteur…, lors d'une soirée organisée à Paris le 7 janvier dernier. Echanges avec Olivier Darbois et Malika Seguineau pour deux interviews qui éclairent 2020 !

INTERVIEW DE MALIKA SÉGUINEAU, DIRECTRICE GÉNÉRALE DU PRODISS

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Malika bonjour et meilleurs vœux pour l’année 2020. 2019 a été une année charnière, annonciatrice de beaucoup de changements pour le secteur. L’année qui commence sera donc celle du changement. Quels seront les axes du PRODISS pour faire de cette année, l’année de la métamorphose, ainsi que vous l’annonciez dans votre rapport annuel publié en septembre 2019 ?

Malika Seguineau :

Tout d’abord, je souhaite à tous nos adhérents, nos partenaires et à tous les acteurs du secteur une excellente année 2020. Si l’on regarde l’année 2019, nous avons pris les défis à bras le corps. Et ils ont été nombreux ! Le PRODISS est optimiste et axe sa stratégie sous 3 points : avec un PRODISS de combat qui fait bouger les lignes, un PRODISS du changement qui rassemble et un PRODISS de l’entrepreneuriat qui nous légitime.

Quelles dynamiques mettrez-vous en place pour ce « PRODISS de combat » … et de quel combat parlons-nous ?

Malika Seguineau :

Oui, c’est notre premier point ! Ce combat s’articulera autour de 2 branches : la défensive pour conserver nos acquis, et l’ouverture pour anticiper les évolutions dans la filière musicale.

D’abord, le crédit d’impôt spectacle est l’objet de batailles qui se livrent lors de chaque projet de loi de finances (PLF), depuis sa création en 2015. Je remercie les parlementaires qui nous ont soutenus en 2019 pour que l’humour, art populaire par excellence, soit légitimement réintégré au périmètre de ce dispositif essentiel au développement artistique. Nous n’y sommes pas parvenus cette année mais le ministre de la Culture, Franck Riester nous a assurés de son appui pour que cette esthétique puisse de nouveau bénéficier du CISV lors du PLF 2020, et nous y veillerons.

Il y a aussi le combat contre le marché noir de vente de billets de spectacles. Il a été une priorité en 2019… est-ce que tout est réglé aujourd’hui ?

Malika Seguineau :

Hélas non ! Nous avons obtenu beaucoup… En France, depuis 2012, une loi pionnière au niveau mondial - et initiée par le PRODISS - interdit la revente sans l’accord de l’organisateur de spectacles. Mais nous devons continuer le combat pour permettre encore et encore au plus grand nombre d’accéder au live. Car cette dérive d’Internet est à l’opposé de l’intérêt général et citoyen véhiculé par notre secteur. Ce combat passe par la lutte contre les plateformes illicites qui spéculent sur le dos des spectateurs. Nous serons vigilants notamment suite à l’achat par VIAGOGO de Stubhub, et nous œuvrerons pour que ce piratage ne soit pas décuplé par les moteurs de recherches sur Internet qui travaillent avec ces sites peu scrupuleux. Le CNM, dont Olivier Darbois vous parlera tout à l’heure, nous permettra de rassembler nos forces contre ces dérives.

Le monde… et plus particulièrement le monde du live est en perpétuel changement, comment comptez-vous accompagner vos adhérents face à ces mutations ?

Malika Seguineau :

C’est notre deuxième point, celui du changement. Aujourd’hui, le changement est devenu la permanence. Or, adhérer à un changement n’est pas si naturel, il nous faut aider nos adhérents à anticiper. C’est notre mission, essentielle aux équilibres et aux péréquations, au-delà des postures politiques.

Le PRODISS est là pour donner des ailes aux projets artistiques portés par nos PME en 2020. Les valeurs humaines et le lien à l’œuvre dans nos TPE-PME sont notre ADN. Nos entreprises sont agiles dans toute leur diversité. Chacune d’entre elles a sa raison d’être et d’entreprendre. Au PRODISS, et notamment avec l’arrivée des cabarets et des théâtres, nous sommes guidés par une volonté d’intérêt général, et qui repose sur la mise en œuvre de solutions efficaces. L’Etat doit prendre en compte la réalité des financements et des fragilités de notre secteur, de son équilibre reposant sur la prise de risque… afin qu’il ne soit pas bridé. 

2020 sera l’année des municipales, l’occasion rêvée de faire entendre la voix de la culture et plus particulièrement du live, comment allez-vous profiter de cette opportunité ?

Malika Seguineau :

Parfaitement ! C’est là notre troisième point, celui de l’entrepreneuriat. Il constitue l’indéfectible socle de nos actions en tant que syndicat, de son réseau et de sa force. Le secteur crée de l’emploi, c’est un vecteur de lien social et d’attractivité territoriale si chère aux candidats aux municipales. Le PRODISS représente la majorité des acteurs du spectacle vivant privé en France. Dans ce contexte, nous ferons entendre la voix du secteur pendant la campagne municipale. D’importants moyens seront déployés. Notre président vous l’expliquera… Nous avons en vue également les présidentielles de 2022… toujours dans le but d’anticiper.

Avant de passer la parole à votre président, Olivier Darbois, comment résumeriez-vous vos ambitions pour l’année 2020 ?

Malika Seguineau :

C’est la première fois que nous sommes confrontés à tant de défis conduisant le changement. La responsabilité des chefs d’entreprises et des entrepreneurs est immense. La nôtre aussi. Nous devons anticiper, éclairer, proposer sans cesse. Nos adhérents attendent des décisions cohérentes du pouvoir politique qui instaureront une vraie confiance avec le gouvernement et le PRODISS y veillera…

Malika Séguineau, merci d’avoir répondu à nos questions. L’année 2020 sera charnière… Monsieur Darbois, bienvenue et tout d’abord bonne année à vous et au spectacle vivant !


INTERVIEW D'OLIVIER DARBOIS, PRÉSIDENT DU PRODISS

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Olivier Darbois :

Je présente également à tous mes vœux de réussite et de santé pour cette nouvelle année. Si 2019 a été une année importante pour la filière, 2020 sera assurément une année décisive ! Décisive pour la filière, décisive pour la place de la Culture en France, décisive pour le spectacle vivant privé.

Nous allons revenir sur ces trois points… cette année décisive pour la filière se traduira par une montée en puissance du CNM. Quelles seront les missions de cette nouvelle institution et quel sera votre rôle à ses côtés ?

Olivier Darbois :

Vous avez suivi, j’en suis sûr, les débats qui ont accompagné la naissance du Centre national de la Musique (CNM). Celui-ci est, depuis le 1er janvier 2020, une réalité, avec la tenue de son premier conseil d’administration, dans les locaux du CNV, le 8 janvier : une page de notre histoire se tourne et un nouveau chapitre commence pour nous, entrepreneurs de spectacles. Je rappelle que nous avions fondé les bases de cet établissement vertueux dédié au soutien du secteur sur le principe de la solidarité en 1986 avec le Fonds de soutien chanson, variétés, jazz, devenu en 2002, le CNV… c’est un travail de longue haleine qui a nécessité beaucoup de persévérance et je remercie à ce titre, Gilles Petit qui, en tant que président du CNV a accompagné ce changement dans sa dernière ligne droite.

Quelle place pour le PRODISS au sein du CNM ?

Olivier Darbois :

Nous soutiendrons une industrie culturelle et créative, nous relèverons ensemble les potentiels. Cela devra refléter la diversité entrepreneuriale et artistique que nous défendons sur le terrain. En tant que 1er syndicat représentatif du secteur aujourd’hui, le poids du PRODISS sera encore renforcé par les adhésions récentes du CAMULC et du SNDTP*. Nous défendrons une création vigoureuse, une diffusion artistique dynamique, en France et à l’international.

Notre objectif est de faire de nos ambitions une réalité partagée qui doit permettre à chaque entrepreneur de spectacles de se déployer. L’engagement de l’Etat sera essentiel à cette construction, notamment au regard des derniers débats parlementaires. Pour mémoire, lors de la discussion du PLF2020, nous avons tout fait pour que le CNM soit doté de moyens supplémentaires à la hauteur de l’ambition. Mais 12,5 millions d’euros manquent encore à l’appel ! Sur les 20 millions préconisés par les auteurs des deux rapports de préfiguration du Centre national de la Musique, seuls 7,5 millions d’euros sont mis sur la table 2020. Ce n’est pas suffisant !

Mais le dialogue reste ouvert et nous avons obtenu qu’un amendement soit déposé, par Pascal BOIS , député LREM, qui organise le maintien jusqu’en 2022, des règles d’affectation de la taxe fiscale aujourd’hui en vigueur : en clair, cela signifie que le produit de la taxe sur la billetterie de spectacle, reste affecté, jusqu’au 31 décembre 2022, au financement des actions de soutien aux spectacles de chanson, de variétés et de jazz qui relèvent du champ de la taxe sur la billetterie anciennement affectée au CNV. En clair, le produit de cette taxe reste affecté au secteur qui la génère.

* CAMULC : Syndicat National des Cabarets, Music-halls & Lieux de Création & SNDTP : Syndicat National du Théâtre Privé

Quelles seront les règles d’affectation à partir de 2023 ?

Olivier Darbois :

Dès 2023, le produit de la taxe devra être affecté au CNM pour le financement de l’ensemble de ses missions mais, ainsi que l’indique l’exposé des motifs de cet amendement, « La disparition du fléchage spécifique vers les actions de soutien au spectacle vivant sera rendue possible par la montée en charge des financements publics et privés alloués au Centre national de la musique ». Autrement dit, l’Etat doit s’engager à cette montée en charge des ressources nouvelles du CNM, qui ne peut compter sur le seul soutien de la profession ! Dès cette année, nous serons très vigilants.

Par ailleurs, je rappelle que le 20 décembre 2019, le dernier conseil d’administration du CNV a voté à l’unanimité le budget initial 2020 avec des aides sélectives pour le spectacle musical et de variété, en hausse de 1,5 millions d’euros, par rapport au projet de budget initial proposé pour 2020. Cette décision a été rendue possible par l’arbitrage favorable du ministre de la Culture et en mobilisant une partie des réserves du CNV générées par les entrepreneurs de spectacles. En dotant mieux les aides sélectives du secteur dès 2020, nous accompagnons ainsi la transition vers le CNM dès maintenant.

Ce soutien complémentaire aux professionnels du spectacle musical et de variété est essentiel, notamment au regard de l’état des lieux des rapports Bois-Cariou et Roch-Olivier Maistre, qui avaient chacun documenté les besoins et l’extrême fragilité du secteur, un constat qui a contribué à légitimer l’existence du projet CNM.

Je précise que cette dotation s’inscrit dans une période transitoire où le travail de répartition des 7,5 M€ de ressources nouvelles pour le CNM ne pourra aboutir, au mieux, qu’au 2ème semestre 2020.

Qui dit « CNM » dit « gouvernance », quel sera votre poids pour l’organisation de cette gouvernance ?

Olivier Darbois :

Nous allons veiller à faire peser dans l’organisation de l’établissement la voix des entrepreneurs que nous représentons, et celle du spectacle privé au sens large, notamment au sein du Conseil Professionnel. Le 8 janvier, s’est réuni le premier CA du CNM et le PRODISS y a un siège. Nous serons vigilants sur le vote du premier règlement intérieur de l’établissement. Il devra reprendre les termes du règlement intérieur du CNV, et notamment conserver la clé de répartition des recettes de la taxe fiscale entre le droit de tirage et les aides sélectives.

Le conseil ayant eu lieu, qu’en est-il ? Si le PRODISS a obtenu gain de cause, on peut dire cela :

Nous allons veiller à faire peser dans l’organisation de l’établissement la voix des entrepreneurs que nous représentons, et celle du spectacle privé au sens large, notamment au sein du Conseil Professionnel. Le 8 janvier, s’est réuni le premier CA du CNM et le PRODISS y a un siège. Nous avons été vigilants sur le vote du premier règlement intérieur de l’établissement. Il reprend les termes du règlement intérieur du CNV, et conserve notamment la clé de répartition des recettes de la taxe fiscale entre le droit de tirage et les aides sélectives.

2020, c’est l’année des élections municipales… le PRODISS a à cœur de développer le maillage culturel et artistique sur le territoire, c’est une occasion à saisir pour défendre encore davantage les spectacles et festivals en région et à la campagne. Quel est votre plan d’attaque ? 

Olivier Darbois :

2020 sera effectivement une année décisive pour la France… et une année politique. Nous avons jusqu’au mois de mars, date des élections pour faire connaître nos enjeux, pour faire prendre conscience de l’importance culturelle et aussi économique du secteur dans tout le pays. En effet, sur le terrain de l’ancrage local et de l’inclusion culturelle, le PRODISS et ses membres sont en première ligne depuis toujours. La présence dans les territoires et l’accès à tous au spectacle vivant est au cœur même de nos métiers.

Par leur action quotidienne, par leur volonté d’amener la culture partout et à tous, les entrepreneurs de spectacle, font mentir le présupposé trop répandu qui est d’associer la culture à la ville. Avec ses 65 000 représentations payantes sur les scènes permanentes et dans les festivals, le spectacle vivant privé apporte culture et divertissement aux novices comme aux fins connaisseurs dans les métropoles, dans les villes moyennes, dans les zones périurbaines comme dans les campagnes. Nous dopons ainsi l’attractivité et l’économie touristique des territoires avec d’importantes retombées économiques. Nous sommes créateurs d’emplois attractifs pour les jeunes générations. Nous sommes un vecteur de lien social et luttons ainsi à notre niveau contre la fracture territoriale. Et à ce titre, nous avons une voix à faire entendre dans le débat démocratique qui s’ouvre.

Pour que la scène française reste dynamique, se développe, il faut agir sur tous les fronts… ainsi une décision dans la capitale peut avoir des conséquences sur le live dans les territoires. Les frais de police et de gendarmerie ont été un sujet primordial en 2019, que pouvez-vous dire à vos adhérents aujourd’hui ?

Olivier Darbois :

La poursuite de cette dynamique locale de la scène française, et le rayonnement culturel français, dépendent de la capacité de nos entreprises à continuer à prendre des risques demain. Nous sommes soumis aux incertitudes d’un retour sur investissement pourtant essentiel au développement artistique, confrontés au temps long de la création et de la production, aux aléas de la rencontre avec le public, sujets, selon les territoires, aux contraintes de sûreté, à la multiplicité des offres culturelles et de loisirs.

Vous avez raison de le rappeler : les frais de police et de gendarmerie ont été un sujet sensible… Pour rappel, le 31 décembre dernier, le Conseil d’État a prononcé l’annulation partielle de l’instruction du 15 mai 2018 relative au remboursement par les événements culturels des frais de police et de gendarmerie. Pour le PRODISS et le SMA, qui avaient déposé́ un recours contentieux, cette décision est une première étape face à l’injustice de cette instruction, dont l’impact financier menace l’équilibre fragile des spectacles en France, et en particulier des festivals. Mais pour l’instant les entreprises devront continuer à subir, seules, la prise en charge de toute intervention en lien direct avec leurs évènements. Nous alerterons les candidats aux municipales, nous comptons également sur nos adhérents pour porter cette parole auprès des candidats aux mairies, mais également auprès des présidents d’intercommunalité, des présidents de département, des présidents de région, des députés. Pour ce faire, nous mettrons à leur disposition des outils d’accompagnement opérationnels. Nous irons aussi à la rencontre de ceux qui sont sur le terrain. 3 dates sont à retenir : les 22 et 23 janvier 2020 aux BIS de Nantes, le 5 février 2020 à Lyon et le 24 février 2020 à Paris.

Bien entendu, de notre côté, nous allons reprendre sans attendre les discussions avec les pouvoirs publics.

Au début de cet entretien, vous nous rappeliez que 2020 serait une année décisive pour le spectacle vivant privé, faisiez-vous référence aux récentes adhésions du Syndicat National des Cabarets et du Music-halls, le CAMULC, et du Syndicat National du Théâtre Privé, le SNDTP ?

Olivier Darbois :

Là encore, nous écrivons une nouvelle page de notre histoire. Avec les adhésions de ces deux syndicats majeurs dans notre secteur s’ouvre la perspective d’un futur Syndicat du spectacle vivant privé, à horizon janvier 2022. Les synergies qui naîtront de cette alliance sont multiples, et en premier lieu la possibilité de présenter ensemble un dossier de candidature à la représentativité patronale dès 2020. Cette alliance se mettra en place progressivement et nous allons travailler tout au long de l’année avec Philippe Lhomme et Bertrand Thamin à ce que sa mise en place soit la plus fluide possible. À terme, notre syndicat représentera ainsi près de 80 % du secteur, avec plusieurs centaines d’acteurs majeurs de la création et de la diffusion artistique : cabarets, théâtres privés, salles de concerts, festivals, producteurs et diffuseurs de talents, répartis sur l’ensemble du territoire.

L’année 2020 s’annonce riche et très active…

Olivier Darbois :

Oui, il y a du pain sur la planche ! Et c’est uni dans cette diversité, sans vouloir reprendre la devise de l’Union Européenne, que nous serons plus forts pour peser dans les débats, qu’ils soient culturels, économiques, territoriaux ou sociaux, et contribuer encore et toujours au rayonnement culturel français. 2020 sera plus que jamais placée sous le signe de l’union, celle qui fait la force avec un PRODISS de combat, un PRODISS de solidarité, un PRODISS de la diversité et un PRODISS renforcé. Je suis très optimiste ! Et je souhaite à tous de concrétiser tous les projets artistiques qui leur tiennent à cœur, des plus ambitieux aux plus personnels.

Alors rendez-vous à l’année prochaine pour un bilan que nous espérons tous positif. Et merci, Olivier Darbois et Malika Seguineau d’avoir répondu à nos questions.